Année du Frère

Année du Frère

Une année d'action de grâce, de célébration et de prière autour de la vocation de Frère.

Lancée le 17 octobre 2011, l'année du Frère durera jusqu'au 17 octobre 2012. L'idée de cette année spécialement dédiée à l'action de grâce pour la canonisation du Frère André, et à la prière pour la vocation de Frère de Sainte-Croix, vient du Chapitre Général de 2010.

Sommaire de la page

En quoi consiste l'année du Frère
La Vocation de Frère (extrait de la Lettre circulaire n°14 du Père Claude Grou csc)
 

En quoi consiste l'année du Frère ?

C'est, comme souligné en sous-titre, une année "d'action de grâce, de célébration et de prière". Action de grâce pour le désormais "Saint Frère André", mais aussi pour tant de Frères de Sainte-Croix qui par leur vie et leur consécration, ont fleuri la Congrégation de Sainte-Croix de leur présence intimement liée à Dieu. Célébration parce que Sainte-Croix aujourd'hui compte toujours de nombreux Frères, fidèles au charisme de la fondation, dévoués au peuple de Dieu à travers le monde. Prière pour que se renouvelle la vocation de Frère en Sainte-Croix mais aussi dans l'Eglise.

Nous vous invitons à découvrir des visages et des personnalités marquantes de Frères de Sainte-Croix sur différentes pages du site :
- Frère André de Montréal
- Figures de sainteté de la Congrégation de Sainte-Croix

 Des ressources pour vous joindre à cette année : la carte de prière de l'année du Frère (à télécharger).

La vocation du Frère

Le frère en tant que témoin de la communion fraternelle vécue par les apôtres.

Les douze apôtres ont été appelés à former une communauté rassemblée autour de Jésus, une communauté partageant l’appel de Jésus à témoigner de la bonne nouvelle du Royaume. C’est aux douze que reviendrait la mission de conduire la communauté et de continuer l’agir de Jésus à travers le partage du pain eucharistique et le pardon des péchés. Cette double perspective de l’appel des apôtres – le regroupement autour de Jésus et la direction de la communauté – constitue un modèle biblique pour toutes les vocations dans l’Eglise. L’appel à former des communautés rassemblées autour du Seigneur ressuscité est une dimension fondamentale dans le vie de tout chrétien.

Nul besoin d’être religieux pour vivre cet appel. Mais, dès les toutes premières époques de l’histoire de l’Eglise, des groupes d’hommes et de femmes se sont rassemblés pour vivre d’une manière intense  et radicale cette fraternité que sont appelés à vivre tous les chrétiens. Une vocation religieuse est un appel à se consacrer totalement à Jésus, à témoigner de son message et à être prophète de son Royaume. Il s’agit aussi d’un don de l’Esprit qui inspire toute l’Eglise à une fidélité plus profonde au Seigneur et à un amour plus généreux les uns pour les autres.

L’appel à la consécration religieuse est accordé aux laïcs comme aux clercs. « Cet état de vie, compte tenue de la constitution divine et hiérarchique de l’Eglise, ne se situe pas entre la condition du clerc et celle du laïc; Dieu appelle des fidèle du Christ de l’une et de l’autre condition pour jouir dans la vie de l’Eglise de ce don spécial et servir la mission salutaire de l’Eglise, chacun à sa manière. »

Ce qui est dit de l’appel religieux en général s’applique particulièrement bien à la vocation des frères. Ils sont « ceux qui, sans avoir aucune responsabilité ministérielle dans la structure hiérarchique de l’Eglise, imitent les apôtres dans leur forme existentielle de vie et constituent une communauté prête à embraser le royaume, en vivant de manière radicale le renoncement évangélique ; ils prolongent, dans la vie de l’Eglise, par obéissance totale et l’accompagnement de Jésus, l’absolu du règne de Dieu. »# la première communauté chrétienne, rassemblée autour des apôtres, continuera d’être le modèle de cette communauté de frères. La communauté est maintenant rassemblée de nouveau pour former une fraternité autour du Seigneur ressuscité, pour trouver sa force dans l’esprit du Seigneur qui y est présent comme le Dispensateur de la vie.

Le frère en tant qu’apôtre au service du ministère d’évangélisation de l’Eglise

Originellement, la mission des frères était de rendre témoignage en vivant de manière pauvre, chaste et obéissante dans les monastères éloignés consacrés à la liturgie et à la prière personnelle. Presque immédiatement, les monastères devinrent des centres de service pour le peuple de Dieu où l’on offrait l’hospitalité, l’aumône et la guérison. Plus tard, des groupes de frères comme les premiers franciscains rendirent témoignage en menant une vie consacrée parmi les gens dans des villes en expansion. Encore plus tard, alors que des instituts cléricaux comme les Jésuites surgirent, les frères ont été incorporés à ces groupes pour rendre des services domestiques et auxiliaires.

Quelques instituts de frères surgirent en réponse à des besoins très spécifiques dans le monde et dans l’Eglise. Les frères de Saint-Jean-de-Dieu, par exemple, se sont rassemblés au 16ème siècle pour soigner les malades. Depuis le temps où Jean-Baptiste de la Salle fonda les Frères des écoles chrétiennes, des instituts de frères se sont formés pour éduquer la jeunesse. Cette attention accordée au service apporta une nouvelle dimension à la vocation des frères. Elle déplaça aussi l’accent de cette vocation : de la perspective de l’être, on passa à celle de l’agir.

Ce déplacement devint très évident au cours du 19ème siècle alors que les groupes religieux étaient définis surtout à partir de ce qu’ils faisaient. De fait, dans quelques contextes sociaux, certaines fonctions telles que l’éducation dans les écoles catholiques, la responsabilité d’orphelinats, le soin des malades…étaient presque toujours dévolues à des religieux. Ceux qui croyaient être appelés à ce genre d’apostolats se croyaient souvent appelés automatiquement à la vie religieuse ; ainsi, plusieurs devinrent perplexes lorsqu’ils ressentirent simultanément l’appel à s’engager dans ces apostolats et l’appel au mariage et à la vie familiale. Vatican II clarifia la distinction entre l’appel à l’apostolat et l’appel à la consécration religieuse, soulignant que l’Eglise entière est appelée à l’apostolat pour poursuivre la mission de Jésus. Le concile ajouta que la vie religieuse est complète en elle-même, indépendamment de tout apostolat spécifique.

Il existe aujourd’hui beaucoup de façon d’être frère dans l’Eglise. La manière d’être frères dans la vie monastique et dans les ordres mendiants a évolué au cours des siècles pour se transformer en un rôle auxiliaire. Etre frère dans les instituts cléricaux a toujours signifié s’adonner à un service auxiliaire. Pendant la majeure partie de l’histoire de ces traditions, les frères n’ont pas assumé de responsabilités importantes dans  le service apostolique ou le gouvernement de la communauté, bien que cela soit en train d’évoluer. Il existe aussi des instituts religieux laïques. Quelques communauté laïques ont introduits l’ordination au presbytérat pour certains de leurs membres, même si la dimension cléricale dans les instituts laïques demeure intentionnellement minime.

La manière d’être frère en Sainte-Croix n’a jamais rassemblé à l’un ou l’autre de ces modèles ; elle est unique. Pour savoir pourquoi, nous devons explorer son histoire.

 

Le Père Dujarié et la fondation des Frères de Saint-Joseph

Le chapitre général a demandé que soit commémoré d’une façon spéciale le père Dujarié. Il convient certes que l’on s’arrête à lui, mais nous devons aussi nous arrêter sur ces premiers frères qui ont cheminé avec lui dans la réalisation de sa vision.

Le père Dujarié

Le père Dujarié fut un pasteur zélé qui constatait les immenses besoins des gens autour de lui. Après la Révolution française, il y avait tant de choses à faire pour répondre au besoin pastoral et à l’éducation catholique des gens. Même s’il a commencé seul cette œuvre à Ruillé, le père Dujarié comprit immédiatement qu’il fallait rassembler des personnes généreuses et dévouées autour de lui et les préparer à répondre à ces besoins urgents. Parmi les besoins les plus criants, il y avait la nécessité de fournir une éducation solide aux enfants des villages. En 1812, il rassembla un groupe de femmes qui éventuellement devinrent les Sœurs de la Province pour l’aider dans l’œuvre pastorale et éducative de l’Eglise. De la même façon, en 1820, il organisa un groupe de jeunes gens et leur donna une formation de base avant de les envoyer dans diverses paroisses pour être des éducateurs et aider de diverses manières selon les besoins.

Le frère André Mottais

Malgré les nombreuses difficultés rencontrées, un petit groupe de frères demeura fidèle à ce projet. Parmi eux, nous nous souvenons en particulier du frère André Mottais qui, avec le père Dujarié, fut l’homme-clé de la nouvelle fondation. Il arriva à Ruillé comme postulant le 22 octobre 1820. En peu de temps, il devint une figure centrale dans le développement d groupe. Le père Dujarié sentait le besoin d’avoir au moins un frère initié aux éléments essentiels de la vie religieuse et capable alors d’aider à la formation des autres à ce style de vie. Ainsi, le père Dujarié envoya André Mottais chez les Frères des écoles chrétiennes pendant cinq mois pour qu’il acquière une connaissance fondamentale de la vie religieuse et se familiarise avec ce genre de vie. Par la suite, le frère André aida le père Dujarié dans la formation et la croissance de la première communauté de frères.

La tradition des Frères de Saint-Joseph

L’histoire des premières années des Frères de Saint-Joseph fait état d’un petit groupe d’hommes apostoliques qui s’imposaient bien des sacrifices en vue de la mission. Les besoins de l’époque exigeaient que les frères vivent davantage séparés les uns des autres qu’ensemble. Ils étaient rassemblés pour leur formation initiales ; mais le temps consacré à la formation était souvent très court. La formation était rapidement suivie d’une nomination qui les envoyait seuls ou en très petits groupes dans des paroisses et des écoles en différents endroits du diocèse du Mans. La retraite annuelle constituait le moment au cours de l’année où les frères se rassemblaient en tant que communauté.

A la fin de la retraite annuelle de 1831, alors que les difficultés rencontrées rendaient la suivie du jeune groupe de plus en plus improbable, les frères prirent un engagement solennel de fidélité à l’institut. Ils percevaient que cette fidélité à la mission pour laquelle ils avaient été rassemblés ne serait possible que s’ils s’engageaient personnellement à demeurer unis en tant que communauté.  Ainsi le 1er septembre 1831, immédiatement après la retraite, se rendant compte du « malheur du temps présent qui nous ôte pour ainsi dire tout espoir de nous étendre et même de nous maintenir longtemps… » et alors qu’ils auraient pu se disperser, le père Dujarié et treize frères décidèrent solennellement : « de demeurer attachés à notre saint Institut ; de rester unis en corps de congrégation et même de communauté, tant et aussi longtemps qu’ils nous sera possible, en suivant les mêmes usages et règlements que nous avons pratiqués jusqu’ici ; dans le cas où il faudrait venir à une dissolution momentanée du corps, de demeurer unis de cœur et d’affection, nous soutenant et assistant réciproquement. »

C’est avec gratitude que nous nous souvenons du père Dujarié ce fut l’homme qui a rassemblé les Frères de Saint-Joseph et qui a implanté en eux son esprit missionnaire et son désir de répondre aux besoins pressants de l’instruction catholique. Mais nous devons aussi nous souvenir avec gratitude de ces jeunes gens de foi qui ont répondu généreusement à l’appel à être des éducateurs et à servir l’Eglise de d’autres manières selon les besoins. C’est la fidélité de ce petit groupe d’hommes, fidélité même lorsque tout ce à quoi il s’était engagé semblait sur le point de crouler, qui a ouvert la porte à la création d’une autre congrégation qui prospéraient et deviendraient fructueuse en bien des endroits du monde.

Les Frères de Saint-Joseph deviennent membres de Sainte-Croix

En 1837, les frères de Saint-Joseph acceptèrent de faire partie d’une nouvelle réalité lorsqu’ils firent un pacte d’union avec le groupe des prêtres auxiliaires fondé par le père Basile Moreau et  formèrent ainsi une nouvelle communauté, la congrégation de Sainte-Croix.

Les Frères de Saint-Joseph et les prêtres auxiliaires retinrent leur propre identité. Le père Moreau reconnut les valeurs apportées à la nouvelle unité pas les deux traditions. Il établit Sainte-Croix comme une congrégation formée de deux sociétés distinctes, l’une de frères et l’autre de prêtres. Il symbolisa cette distinction en nommant la société des frères, les « Joséphites » et la société des prêtres, les « Salvatoristes ». plus tard, lorsqu’il fonda la branche féminine de la communauté, le père Moreau compléta ce nouveau projet et forma une société distincte pour elles, les « Marianites ». Toutes distinctes qu’étaient les sociétés, l’unité était aussi affirmée en ajoutant à chacun des titres les mots : « de Sainte-Croix ». Les Frères demeurent Joséphites mais, à partir de ce moment-là, ils constituaient aussi une partie d’une entité plus grande : c’étaient dorénavant les « Joséphites de Sainte-Croix ».

L’héritage

Nous devons garder à l’esprit cette évolution si nous voulons comprendre la vocation du frère de Sainte-Croix aujourd’hui.

Le père Dujarié a uni un groupe de jeunes gens dévoués pour servir l’Eglise en tant qu’éducateurs à une époque marquées par des besoins extrêmes. Il leur transmit des valeurs qui demeurent une composante significative du  patrimoine de ceux qui vivent maintenant la tradition commune des frères de Saint-Joseph et des Joséphites de Sainte-Croix : la charité, l’humilité, le zèle et le dévouement à la mission de Jésus. Il les prépara à œuvrer étroitement avec des prêtres et des laïques dans leur service de l’Eglise. Lorsqu’il ne fut plus en mesure de poursuivre son œuvre, le père Dujarié confia la direction des frères à un homme dont le dévouement au Seigneur Jésus était absolu et sur la vision et l’engagement duquel il pouvait compter totalement.

 Père Claude Grou csc, Supérieur Général (1986-1998), extrait de la Lettre circulaire n°14 du 9 décembre 1994.