Basile Moreau : histoire d'une béatification

Sur cette page, nous publions un article de 12 pages du Père Proust, selon son habitude extrèmement documenté et rigoureux, relatant la succession d'évènements qui ont conduit de la mort du Père Moreau le 20 janvier 1873 à sa béaticiation le 15 septembre 2007. A la suite, nous publions des extraits vidéo des Journeaux Télévisés du 15 septembre 2007, ainsi que l'homélie de Mgr Faivre et son discours aux invités le jour même de la béatification.

Avertissement. Cette page est en cours d'aménagement. La longueur et la précision de l'article du Père Proust méritent d'en faire un document téléchargeable et imprimable, ce qui sera fait prochainement. Nous travaillons à une présentation plus brève de l'hitoire de la Cause, plus adaptée à cette page. Viendront s'ajouter en temps et en heure des informations sur l'avancement de la cause de sa canonisation.

Sommaire de cette page :

De la mort du Père Moreau à sa béatification

1873-1893 : Vingt années de silence

Le renouement

1893-1926 : Premières initiatives, premiers rapprochements

1826-1838 : Le grand retour

La "Cause"

1938-1950 : Préliminaires

1950-2007 : De l'introduction de la cause à la béatification

Les célébrations de la béatification

Reportage TF1/FR3 sur la béatification

Homélie de Mgr Faivre pour la béatification

Discours de Mgr Faivre au banquet

De la mort du Père Moreau à sa béatification

A la mort du Père Moreau, la famille religieuse de Sainte-Croix est disloquée. Entre les débirs de sa congrégation (l'expression est du Père Moreau) s'installent l'indifférence ou l'ignorance, quand ce n'est pas le mépris ou la haine.

Avant de songer à la remontée vers la lumière (Graziella Lalande, Basile Moreau et sa lente remontée vers la lumière, 2003) de leur Fondateur, ses fils et ses filles devront se réconcilier, se rassembler...

Parcourir les cent trente et quelques années qui séparent la mort du Père Moreau de sa béatification, c'est évoquer ceux et celles qui ont contribué d'une manière ou d'une autre au rapprochement, au renouement, des quatre congrégations de Sainte-Croix, à la réhabilitation de la mémoire du Fondateur et à l'introduction de sa cause.

Père Jean Proust csc, Noël 2006

1873-1993 : Vingt années de silence

Dix jours après la mort du Père Moreau, le Supérieur Général recommande aux prières des religieux celui à qui nous sommes tous redevables pour notre existence comme institut religieux dans l'Eglise (Lettre Circulaire du Père Sorin, 31 janvier 1873). A cette brève oraison funèbre succède, de la part du père Sorin, un lourd silence de vingt années. Un de ses amis a cette formule où l'on peut lire l'expression de son souhait : Le silence laissera probablement tout dormir dans la tombe (Le Père Champeau au Père Sorin le 12 février 1873).

Mais déjà des voix s'élèvent pour honorer la mémoire du Fondateur et préparer les voies de sa glorification.

En France, Mère Marie des Sept-Douleurs (Léocadie Gascoin), Supérieure générale des Marianites, s'applique à maintenir sa communauté dans la plus pure tradition de l'esprit du fondateur. Presque chaque lettre à ses religieuses est l'occasion de rappeler la mémoire du Père bien-aimé. On peut affirmer que c'est grâce à Mère Marie que la physionomie du Père Moreau a pu être conservée dans la vérité de ses traits, la force de sa droiture et la charité de ses pardons (Soeur Raymonde Marsollier, Supérieure Générale des Marianites, Conférence, 1984). Malheureusement, cette fidélité s'accompagne d'une rupture totale avec les religieux du père Sorin, - rupture qu'encourage le père Charles, neveu du Fondateur.

Chez les Religieux, les blessures sont loin d'être cicatrisées. Après le funeste Chapitre de Sainte-Brigitte une soixantaine de religieux avaient quitté la congrégation, les uns purement et simplement renvoyés par le chapitre sous prétexte de leur "complicité" avec le Fondateur, les autres, partant de leur plein gré, manifestant ainsi leur désaccord avec la nouvelle administration.

Mais ceux qui sont restés - les Rézé, Gastineau, Lecointe, Louage, Steunou qui vont courageusement assumer la charge de Provincial - et beaucoup d'autres pères et frères, comment pourraient-ils oublier le Père Moreau, leur père, leur ami ? Le souvenir de leur Fondateur n'en demeurait pas moins vif dans le coeur de nombre de ses fils, même s'il ne leur était pas facile de l'exprimer (Père Germain Lalande csc, Lettre Circulaire n° 10, novembre 1972).

Au Canada, les Soeurs de Sainte-Croix et des Sept-Douleurs, qui prendront leur autonomie en 1889, restent fidèles au Père Moreau et à Mère Marie des Sept-Douleurs. Leur première supérieure, Mère Marie de Saint-Basile (Julie Bertrand), avait conscience de porter une responsabilité filiale, une responsabilité d'héritière... Elle veillait avec soin à ce que la mémoire du Père Moreau soit honorée par les sœurs et par leurs élèves et maintenait un culte filial à Marie des Sept-Douleurs (Graziella Lalande, L'histoire d'une Histoire et les Soeurs de Sainte-Croix). De même, les Pères et les Frères, dont beaucoup avaient été formés par le père Rézé, constituent un autre ilôt de fidélité (Graziella Lalande, Lettre à Jean Proust, 3 juin 2004).

En Indiana au contraire, les Soeurs de la Sainte-Croix,   autonomes depuis 1869, sont sous l'emprise du père Sorin. Cependant toutes les soeurs n'ont pas coupé les ponts avec leur origine. En août 1872, un religieux français, membre du chapitre général qui se tenait à Notre-Dame, écrivait : Que dirai-je de nos bonnes Soeurs françaises, que j'avais connues au Mans et que je retrouvais à Sainte-Marie et à Notre-Dame ? Combien nous sentions vivement de part et d'autre le plaisir de nous revoir ! Il faut avoir été séparés par l'Océan pendant de longues années pour se faire une idée d'une pareille satisfaction. Il leur semble si doux de parler de la France ! Et j'aime tant à me souvenir de ces premiers jours, où les coeurs étaient si fervents et si généreux ! Au berceau des congrégations, il y a des sentiments qu'on ne retrouve pas plus tard... (Signé X..., Anales de Saint Joseph, février 1873).

Un bon nombre d'anciennes Marianites sont déchirées. Témoin cette soeur Marie de Saint-Pierre, une bretonne, qui après son noviciat effectué au Mans en 1855 avait été envoyée en Indiana. En décembre 1890 elle écrit à Mère Marie des Sept Douleurs : Personne ne saurait comprendre le tort que cette séparation (de 1869) a fait à notre communauté. Après avoir relaté comment le père Sorin, afin d'être considéré comme le véritable fondateur de la congrégation des sœurs américaines, a pris toutes les précautions pour faire oublier le nom et les mérites du Père Moreau, elle ajoute la communauté désabusée par la force des événements sent un impérieux besoin de se tourner vers sa source primitive, et elle demande de lui expédier un ouvrage traitant de la vie et des œuvres du Père Moreau afin de le traduire pour l'édification de la communauté, et comme acte de réparation pour l'oubli involontaire fait à ses grandes vertus (Cité par André Ligné, Naissance et évolution d'une Congrégation, p 294-295).

Chez les religieux américains, l'ignorance vis-à-vis du Fondateur est totale : Les membres de Sainte Croix n'ont vraiment pas parlé de Basile Moreau à partir des années 1870 presque jusqu'aux années 1920-1930. Tous ceux qui avaient bien connu personnellement le Père Moreau étaient alors très âgés ou décédés. Et comme à ce moment-là Sainte-Croix croissait très rapidement en Amérique du Nord, les histoires venant du "vieux monde" n'étaient pas une priorité (Joël Gialanza, Un simple instrument).

En 1932, le père Donahue écrira dans son Rapport au Chapitre Général : Voici une communauté presque centenaire et, à date, ses membres n'ont jamais lu les lettres du Fondateur. Nous sommes à la veille d'un Chapitre général et même les capitulants ignorent quasi tout de l'esprit du Fondateur, de l'histoire et des traditions de la communauté... Cette province (de l'Indiana) compte aujourd'hui environ 200 prêtres profès et environ le même nombre de frères, tous des hommes mûrs, mais cet idéal et ces convictions n'ont pas été le moins du monde inspirés par l'idéal et les convictions du Fondateur de la communauté.

Le renouement

1893-1926 : Premières initiatives, premiers rapprochements

Devenu supérieur général à la mort du père Sorin, le 31 octobre 1893, le Père Gilbert Français  ouvre la voie à la "réhabilitation" du Père Moreau. Dès sa première lettre circulaire (du 3 novembre), apparaissent les noms des Pères Moreau et Dujarié, nos pieux fondateurs. Le Provincial de France, le Père Victor Lemarié qui avait été l'ami, le confident du Père Moreau, partage la piété filiale du Père Gilbert. Déjà des portraits du Fondateur sont installés au noviciat de Montéclair et à l'institution de Neuilly. Tous les deux forment un projet : écrire une biographie du Père Moreau. Le 7 décembre, le père Lemarié écrit au petit-neveu du Fondateur, Joseph Bouleau : Nous voudrions entreprendre la vie de notre saint Père Moreau. Le Père Français, notre nouveau supérieur général, ne demande que des documents, et j'ai accepté la mission de les recueillir. En fait, un bon nombre de documents sont entre les mains de Charles Moreau qui avait lui-même entrepris la rédaction d'un ouvrage sur la vie et les œuvres de son oncle : ils sont inaccessibles !

En février 1898, un disciple des Pères Français et Lemarié, le Père Gabriel Vaugeois, fait paraître dans les Annales de Saint-Joseph, bulletin de la Province française, une notice biographique sur le Père Moreau, qu'un journal de la Nouvelle-Orléans avait publiée pour le cinquantenaire des Marianites. Le père Français encourage le père Vaugeois à poursuivre ses recherches sur le Fondateur.

Cette même année, au mois d'août, le chapitre général des religieux se tient au collège Notre-Dame de Montréal. Mère Marie de Saint Basile invite à la maison mère de Saint-Laurent les vingt-deux capitulants. Le Père Français saisit cette occasion pour faire part aux Sœurs de ce qu'il appelle son ambition : réunir dans une même pensée toutes les branches de la famille de Sainte-Croix ; les réunir au moins spirituellement par des rapports plus intimes que nous aurons ensemble, par la connaissance plus parfaite de notre digne Fondateur, le vénéré Père Basile Antoine Marie Moreau (Annales de la Congrégation, VI, p 25).

Arrive le 100ème anniversaire de la naissance du Père Moreau. Sur proposition du père Lemarié, le chapitre général a voté cette recommandation : Le 11 février de l'année prochaine, il y aura cent ans que le T.R P. Moreau naquit en Laigné-en-Belin (diocèse du Mans). C'est à lui que nous devons notre beau nom de Sainte-Croix, nos Constitutions et nos Règles. Le Chapitre est d'avis qu'à l'occasion de cet anniversaire, on célèbre une messe dans chaque maison de la Congrégation. Le père Français invite tous les religieux à marquer cet anniversaire : Cette date intéresse au plus haut point notre piété filiale, et ne saurait passer inaperçue pour aucun d'entre nous… Ce centenaire devrait être marqué par l'expression vivante de notre respect, de notre reconnaissance et de notre plus pieuse affection à l'égard de ce père vénéré de notre famille religieuse… (Père Gilbert Français, Lettre circulaire, 12 janvier 1899). Le Provincial souhaite rassembler les religieux de France pour une démarche de piété filiale au cimetière où repose le Père Moreau, mais là encore il se heurte à l'intransigeance de Charles Moreau qui ne veut pas des gens de Sainte-Croix. Seules, les Marianites assisteront, le 11 février 1899, à la messe qu'il célébrera dans la chapelle du cimetière (Annales de la Congrégation des Marianites, p 350).

Après le décès du terrible neveu (le 17 avril 1899) le père Lemarié obtient de M. Bouleau communication de son manuscrit, et, à l'insu du père Français, il le fait imprimer : Le T.R.P. Basile-Antoine Moreau, prêtre du Mans, et ses oeuvres par l' abbé Charles Moreau, parait en 1900. Le supérieur général ne peut que mettre en garde contre la lecture de cet ouvrage qui, en même temps qu'une apologie du Fondateur, est un violent réquisitoire contre ceux qui se sont opposés à lui : Si nous devons aimer et respecter le T.R.P. Moreau, ne devons-nous pas aussi aimer et respecter ceux qui furent les premiers et les meilleurs compagnons de ses travaux, et qui les ont continués avec une rare énergie, en des conditions particulièrement difficiles ? (Père Gilbert Français, Lettre Circulaire, 3 octobre 1900).

Au mois de juin 1900, Mère Marie de Saint-Julien (Joséphine Durand)supérieure des Sœurs de Sainte-Croix, invite à Saint-Laurent Mère Marie de Saint-Matthieu (Marie-Yvonne Auffret), supérieure des Marianites : les deux Supérieures échangent le baiser de réconciliation du Canada avec la France. En 1921, Mère Marie de Sainte-Eléonore (Renée Lejeune), croira pouvoir aller plus loin : elle avisera la supérieure canadienne qu'elle consentait à avoir une union spirituelle et désirait l'union complète avec les sœurs du Canada. (André Ligné, Op cit p 297) Un souhait pour le moins prématuré !

Au Canada, les Soeurs ont repris le projet d'une biographie. Mère Marie de Saint-Julien a chargé Sœur Marie de Sainte Maximilienne (Luména Lizotte) d'extraire de l'ouvrage du père Charles un récit abrégé et expurgé. En 1923, paraît l'Histoire du T.R.P. Basile-Antoine-Marie Moreau, missionnaire apostolique, fondateur de la congrégation de Sainte-Croix, par une religieuse de la congrégation des Soeurs de Sainte-Croix et des Sept-Douleurs. Cette biographie, la première que religieux et religieuses de Sainte-Croix peuvent lire, constitue un élément important dans le mouvement de reconnaissance et de réhabilitation qui se développait chez les religieux (Sœur Graziella Lalande, Basile Moreau et sa lente remontée vers la lumière, p 26).  Plus tard, l'auteure, devenue supérieure générale, confiera : Combien je fus frappée d'entendre le Père Français me répéter plus d'une fois : quand on poursuivra la cause de béatification de notre cher Fondateur, vous saurez que votre travail aura ouvert la voie en préparant les esprits et les coeurs (Sœur Graziella Lalande, Basile Moreau sous le regard des siens, p 21).

Le père Français prend une autre initiative : publier les écrits spirituels du Père Moreau. Au chapitre de 1920 il a fait voter ce décret : Afin d'honorer et de perpétuer la mémoire de nos fondateurs et de profiter de leurs travaux d'ordre spirituel, le P. Philéas Vanier, de la province du Canada, est chargé par le Chapitre de rassembler les écrits du Père Moreau qui concernent la vie spirituelle. En 1923, le père Philéas Vanier fait paraître des extraits de la correspondance du père Moreau et de son directeur spirituel sous le titre Moreau et Mollevaut, et 46 Sermons du Père Moreau. En 1932 il publiera les Méditations chrétiennes.

Pour le 50ème anniversaire de la mort du père Moreau, le 20 janvier 1923, Mgr Georges Grente, évêque du Mans, préside un service solennel dans la chapelle de la maison-mère des Soeurs Marianites. Le 12 janvier 1924, en présence des religieuses, du père Vaugeois, Provincial de France, et du père Cousineau, étudiant à Paris et futur supérieur général, il est procédé à une exhumation (la première) des restes du Père Moreau. Ils sont déposés dans un nouveau cercueil sous une dalle neuve en marbre blanc dans la chapelle du cimetière (Mgr Cousineau, Journal Epistolaire). Les religieux, les sœurs de France, du Canada et de l'Indiana ont contribué à l'aménagement du caveau (Annales des Marianites, p 41-46).

1926-1938 : Le grand retour

Le supériorat général du Père Français avait été un coup de barre vigoureux vers un retour au culte du Fondateur. Ses successeurs - les Pères Donahue et Cousineau - continueront dans le même sens, avec plus de liberté et plus d'ardeur encore (Père Germain Lalande, Lettre Circulaire n° 10, Noël 1972).

Du Père Gilbert Français le Père James Donahue avait appris à vénérer la mémoire du Père Moreau. En 1924, l'exhortation de Pie XI Unigenitus Dei Filius l'avait encouragé dans cette voie : Avant tout, nous exhortons les religieux de ne jamais perdre de vue les exemples de leur Fondateur et Législateur, s'ils veulent avoir la certitude de participer aux grâces abondantes de leur vocation. Maître des novices en Indiana, Recteur du Séminaire Moreau, puis  Supérieur de la Procure de Rome, il avait plusieurs fois visité les Marianites du Mans, passant ses séjours à prier, lire, écrire, méditer, soit dans sa chambre, soit sur le tombeau de Basile Moreau ou les autres lieux sanctifiés par lui (Annales des Marianites, p 480)Elu Supérieur Général en 1926, il se donnera de toute son âme à l'oeuvre de réhabilitation de la mémoire du Père Moreau et au retour de la congrégation à son lieu d'origine.

Par l'entremise de l'évêque du Mans, Mgr Grente, la Congrégation rachète l'église bâtie par le Père Moreau le 10 août 1931. Le Père Donahue écrit : Chérir la mémoire [du Père Moreau] et méditer ses conseils, avoir foi en sa vision, vénérer les lieux qu'il aima et sanctifia : c'est à la fois notre privilège et la garantie que Dieu nous bénira ! [...] Ici, chaque pierre nous parle d'amour paternel, de sainteté, de sacrifice. Ici est née la Congrégation de Sainte-Croix… Ici, dans la pauvreté et le dénuement, entouré d'oppositions, de critique, de condamnation et de haine, Basile Moreau groupa, inspira, soutint les âmes que Dieu destinait à être les pierres fondamentales [de son œuvre] (Père Donahue, Lettre Circulaire, 15 septembre 1931).

A l'automne 1933, il ouvre dans un bâtiment annexe de l'église un scolasticat à vocation internationale. C'est là que se rassembleront des religieux de nos diverses provinces, pour y puiser à sa source l'esprit de leur Fondateur, pour s'y imprégner des traditions primitives de leur communauté. Nommé directeur de ce scolasticat, le Père Philéas Vanier poursuivra en France ses recherches documentaires.

Les travaux de restauration de l'église s'étalent sur six années. Toute la famille de Sainte-Croix contribue à leur financement. Le 9 novembre 1937, l'église est reconsacrée par Mgr Grente, assisté des évêques d'Angers et de Laval, en présence  des Marianites et des religieux de France, des provinciaux des Etats-Unis et du Canada, et de six religieuses de l'Indiana et du Canada qui se rendaient à la mission du Bengale. Mgr Maurice Foin, vicaire général, met en lumière la grande figure du Père Basile Moreau.

Le père Donahue a soin d'associer les religieux d'Amérique à cet événement : Aujourd'hui, on assiste au triomphe de la justice, de la vérité, de la sainteté... Aujourd'hui, un siècle après la fondation de Sainte-Croix, nous, religieux de la province américaine, offrons au Père Basile Moreau notre amour, notre dévouement, notre perpétuelle reconnaissance… Par delà les océans, nous considérons avec amour le roc dont nous sommes taillés et la carrière dont nous avons été extraits. Aujourd'hui, Notre-Dame du Lac salue avec révérence Notre-Dame de Sainte-Croix, la mère dont elle est issue et le lien sacré qui unit Sainte-Croix de l'Amérique à son Fondateur et Père en Dieu… (Père Donahue, Lettre Circulaire, 18 octibre 1937).

Un an plus tard, le 9 novembre 1938, grâce à la bienveillance de Mère Marie de Saint-Julien (Marie-Françoise Leroux), supérieure des Marianites, les restes du Père Moreau sont transférés de la chapelle du cimetière à la crypte de l'église.

Devant la dépouille du Fondateur, en présence de Mgr Grente, de religieux de France, des Etats-Unis et du Canada, des Soeurs Marianites, des Soeurs du Bon Pasteur et des Soeurs de la Providence de Ruillé, le Père Albert Cousineau, nouveau Supérieur Général, fait acte de réparation :  Devant ces restes vénérés, je tiens à déclarer, comme 5ème successeur du T.R.P. Moreau, que nous le reconnaissons, nous, ses enfants, Pères, Frères et Soeurs, comme notre digne Fondateur, qui, humilié et cruellement éprouvé par d'injustes traitements, a fécondé dans les larmes et le sacrifice, l'oeuvre de Sainte-Croix... (Père Albert Cousineau, Lettre Circulaire, 1er mars an?). Le 9 novembre 1938 peut être considéré comme une date charnière dans l'histoire de la famille de Sainte-Croix. Le grand renouement entre toutes les branches de la famille de Sainte-Croix est officiellement scellé (André Ligné, Op cit, p 298).

La "Cause"

1938-1950 : Préliminaires                                         

Au Chapitre de 1926 il avait été question pour la première fois d'une béatification éventuelle du Père Moreau et du Père Dujarié : Le Procureur général sera autorisé, si l'occasion se présente, à prendre une part active à l'introduction des causes des TT.RR.PP. Moreau et Dujarié. Ce décret est reconduit aux chapitres de 1932 et de 1938.

Le Père Albert Cousineau, Supérieur Général de 1938 à 1950, sera le dynamique artisan de la promotion de la cause. Pour y préparer les esprits et les coeurs il s'emploie à faire mieux connaître les écrits du Fondateur : en 1941-1942 paraît une édition complète de ses Lettres circulaires, et, en 1945, un recueil documentaire préparé par le père Vanier intitulé Le T.R.P. Moreau d'après ses écrits, ses correspondants et les documents de l'époque, 1799-1835. Lui-même, dans ses lettres circulaires, aborde les grands thèmes spirituels chers au Père Moreau. La substance de ses lettres sera recueillie en un volume qui paraîtra en 1952 : Principes de vie sacerdotale et religieuse à l'école du vénéré Père Basile Moreau.

Le travail à entreprendre pour la préparation de la cause est considérable, et la 2de Guerre mondiale en retardera de plusieurs années la mise en oeuvre. D'emblée, deux difficultés majeures se présentent. La première est celle des rapports du Père Moreau avec Mère Euphrasie Pelletier, la Supérieure Générale des Soeurs de Notre-Dame de Charité canonisée en 1940. En 1943, grâce aux pères H.P. Bergeron et Th. Mc Avoy, le Père Vanier découvre dans les archives de Notre-Dame, les papiers Perché qui éclairent la question. Autre difficulté, le fait que beaucoup de religieux considèrent le Père Dujarié comme le fondateur de la congrégation. Grâce au travail du père Vanier, le père Cousineau peut faire reconnaître officiellement au chapitre général de 1945 le Père Moreau comme le véritable fondateur.

Le 19 octobre 1945, le pape Pie XII reçoit le Père Cousineau et l'encourage à introduire la cause aussitôt que possible. Au Mans, Mgr Grente s'y montre très favorable. En novembre, le Père Cousineau rencontre Mère Marie de Saint Julien (Marie-Françoise Leroux) à Précigné. Les religieux et les religieuses sont invités à redoubler de ferveur et de prière pour que le Père Moreau soit reconnu et aimé. C'est alors que sont instituées les Journées Moreau, au jour anniversaire de son décès, le 20 janvier.

Chaque année les Marianites avaient à cœur de célébrer l'anniversaire de la mort du Père Fondateur par une messe solennelle de Requiem. L'héroïcité de ses vertus étant reconnue (sic !) une messe solennelle d'action de grâce la remplace pour la première fois à Précigné (Maison mère) et marquera désormais tous les ans cet anniversaire si cher à toute la famille de Sainte-Croix (Annales des Marianites).           

Le 29 juin 1946, à l'invitation de Mère Marie de Saint Julien, supérieure des Marianites, les supérieures de l'Indiana, Mère Marie de Sainte Rose-Elisabeth (Elizabeth-Rose Havican) et du Canada, Mère Marie de Sainte Maximilienne (Luména Lizotte) se retrouvent à Précigné avec le Père Cousineau. Rencontre historique puisque c'estla première fois qu'une telle rencontre se produit depuis l'autonomie des deux congrégations d'Amérique, et parce que le but en est de préparer les voies à la canonisation (sic !) de notre cher Père Fondateur (Mère Marie de Saint Julien, Lettre Circulaire, 14 juin 1946). Le 13 juillet, Mgr Grente appuie chaleureusement la supplique qui lui est présentée. Pour lui l'œuvre entreprise par le père Moreau, en dépit des contradictions, des épreuves et des brisures qui auraient dû l'anéantir tant de fois, constitue le miracle des œuvres (Annales des Marianites, p 45).

Le 27 mai 1947, l'évêque du Mans publie deux ordonnances : l'une constituant le tribunal diocésain chargé d'instruire la cause ; l'autre ordonnant la recherche des écrits du Père Moreau. Le tribunal diocésain est ainsi composé :
Président délégué : Mgr Foin, évêque auxiliaire (il sera remplacé à sa mort par Mgr Chevalier, vicaire général).
Juges : Mgr Dubois (il sera remplacé lors de sa nomination au siège de Rodez par le chanoine Marquet), Mgr Lepron, Directeur des Œuvres diocésaines, M. le chanoine Froment, M. le chanoine Blin, Chancelier.
Promoteur de la foi : M. le chanoine Bouvet, Supérieur du Grand Séminaire.
Adjoint au Promoteur : M.l'abbé Brayer.
Notaire : M. le chanoine Charbonneau.
Curseur : M. le chanoine Duroy.
Le père Hardouin sera vice-postulateur.

Rassembler les écrits du Père Moreau demandera de multiples recherches. Les Archives de la Sarthe et de plusieurs départements, celles de la Propagation de la Foi à Paris, à Lyon et à Fribourg, fourniront des documents très intéressants, qui complèteront ceux que le Père Vanier avait recueillis depuis de longues années (ce travail mobilisera plusieurs personnes, par exemple, au Mans, Mlle Marie Deniau).

Mgr René Fontenelle, postulateur, se rend vite compte que la cause sera très difficile. Evidemment, ce ne sera pas un saint en sucre d'orge ! dit-il, mais les lumières sont trop belles pour que les ombres puissent nous décourager (J Grisé... Une nouvelle perspective, p 9). Plutôt que de faire un procès historique, il propose de suivre la voie ordinaire, plus connue, plus pratique, plus traditionnelle, et, tout bien considéré, plus sûre, ménageant moins de surprises (Position... Présentation, p 7).  Dès 1948, il publie des Articles sur les vertus du Père Moreau (articles rédigés en fait par le père Hervé Morin).

Le Père Cousineau a confiance : La cause est difficile, on a tant noirci notre vénéré Fondateur ! Il faut que Rome voie clair en tout cela. Mais Dieu glorifiera son serviteur, si c'est sa volonté (cité par Graziella Lalande, La lente remontée vers la lumière, p 24). Plus clairvoyant que le postulateur, il demande au Père Vanier de continuer les recherches historiques et engage le chanoine Etienne Catta et son frère Tony, avocat, pour écrire une biographie critique du Fondateur. Les trois volumes paraîtront de 1950 à 1955.

Le 1er mai 1948 s'ouvre au Mans le procès informatif. Vingt-et-un témoins seront interrogés dont deux seulement de visu (deux dames très âgées qui dans leur enfance, avaient "vu" le Père Moreau) et cinq de auditu a videntibus.

En juin 1950, avant la fin de son mandat, le Père Cousineau a la joie de porter à Rome les actes du procès diocésain.

1950-2007 : De l'introduction de la Cause à la Béatification

Le Père Christopher O'Toole, supérieur général de 1950 à 1962 se situe dans la ligne de ses prédécesseurs : La tâche du père Donahue consista, pour ainsi dire, à ressusciter le Père Moreau d'entre les morts et à le faire connaître à la Congrégation. Le Père Cousineau, lui, l'a conduit jusqu'au pied des autels. Et c'est maintenant à nous, par nos prières, nos sacrifices, notre fidélité, à lui procurer les honneurs suprêmes en l'élevant jusque sur ces mêmes autels... (Père O'Toole, Lettre Circulaire, 15 septembre 1950).

De son côté, Mère Marie de Sainte-Odile (Eugénie Richard), supérieure des Marianites, met tout en œuvre pour faire connaître et aimer le Père Moreau. En 1950, elle établit le généralat et le noviciat à La Solitude, et elle fait restaurer la chapelle du cimetière.

Le Père Edward Heston, procureur général, seconde le postulateur. Il jouera un rôle de plus en plus important dans l'avancement de la Cause.

Au mois d'avril 1952 deux théologiens attestent que rien n'est contraire à la foi et aux moeurs dans les écrits du Père Moreau. En mai, l'avocat de la Cause, Mgr Vitale, présente un résumé au promoteur de la foi (l'avocat du diable) Mgr Natucci. Au mois de mars 1954 le promoteur de la foi publie ses objections.

Alors que 152 évêques ou hautes personnalités appuient la demande de béatification, le cardinal Grente intervient auprès du cardinal Cicognani, nouveau Préfet de la Sacrée Congrégation, en vue d'obtenir au plus vite l'introduction de la cause.

Le 12 mai 1955 la Congrégation des Rites émet le décret d'introduction de la  cause. Après une longue période d'un oubli relatif, la vraie stature du Père Moreau émerge enfin. Il apparaît, non plus seulement comme Fondateur, mais comme Serviteur de Dieu, dont la sainteté a été jugée digne de retenir l'attention du Saint-Siège... (Père O'Toole, Lettre Circulaire, 7 mars 1955.

Les procès apostoliques se tiennent au Mans du 20 juillet 1955 au 1er avril 1957, à Montréal du 17 janvier au 14 novembre 1956 et à Fort Wayne USA du 9 juillet au 4 août 1956. Le 21 juillet 1955, au Mans, en présence du Cardinal Grente, de Mgr Chevalier, de Mgr Fontenelle, de Mgr Cousineau, a lieu la reconnaissance des restes du Fondateur. Scellés dans une châsse de verre déposée dans un double cercueil de zinc et de chêne, ils sont placés dans un tombeau de marbre surmonté d'un beau gisant qui est l'oeuvre du sculpteur Henri Charlier.

Après le décès de Mgr Fontenelle (28 mars 1957), le Père Heston le remplace comme postulateur.

Au mois de mars 1958 les copies des actes du procès du Mans sont remises à l'avocat, Mgr Vitale, qui devra rédiger un plaidoyer en faveur de l'héroïcité des vertus du fondateur. En décembre 1961, la Positio super virtutibus, (575 pages) est remise au Promoteur de la foi.

Le Père Germain Lalande, élu supérieur général en 1962, déclare : Même si nous ne pouvons pas et ne devons pas rendre un culte public au serviteur de Dieu qu'est le Père Moreau, notre fondateur, rien ne nous empêche de recourir à lui en particulier, afin qu'il nous obtienne les grâces nécessaires à une vie religieuse vivace et fraternelle et à un apostolat fécond et utile à tous, surtout aux pauvres, comme il le désirait tant pour ses fils. Et cela, tout en priant instamment pour sa béatification et pour celle du frère André (Père Germain Lalande, Lettre Circulaire, 19 mars 1963).

Le décret conciliaire Perfectae caritatis (1964) invite les instituts religieux à mettre en pleine lumière et à maintenir fidèlement l'esprit des fondateurs et leurs intentions spécifiques. Religieux et religieuses de Sainte-Croix vont intensifier recherches et réflexions afin de mettre en lumière le message de leur Fondateur et de retrouver son sens de la mission.

De nouvelles Constitutions sont élaborées. En les promulguant, le Père Lalande écrit Je crois fermement (qu'elles) sont respectueuses de l'esprit de notre Fondateur et qu'elles ont conservé l'essentiel, le fondamental, de ce qu'il nous a légué... Nos statuts se veulent fidèles à l'inspiration du père Moreau, même si, ainsi que je l'ai souvent répété, il s'agit alors de normes de vie qui peuvent et doivent varier avec l'évolution de la vie (Père Germain Lalande, Lettre Circulaire).

Le décret conciliaire encourageait les instituts à établir des fédérations ou des unions. En 1967, Mère Madeleine Sophie Hébert, supérieure générale des Marianites, propose un projet de Fédération Sainte-Croix englobant les soeurs de France, du Canada et de l'Indiana. Cette idée sera abandonnée, mais des rencontres entre les trois administrations inviteront à une prise de conscience plus grande de l'esprit de famille cher au fondateur. Et les rencontres à trois seront étendues aux quatre branches. A La Solitude, centre d'héritage Sainte-Croix dont les quatre conseils généraux accepteront la responsabilité collective en janvier 1979, les Marianites organiseront des sessions ouvertes à tous les membres de la famille de Sainte-Croix.

En février 1970, le Père Heston étant devenu secrétaire de la Sacrée Congrégation des Religieux, le père Angelo Mitri O.M.I. est le nouveau postulateur. Une de ses premières démarches est de retrouver la copie publique du procès qui semblait perdue (sic !)… La cause du père Moreau se trouve chez le promoteur de la foi (l'avocat du diable) depuis une dizaine d'années, constate le Père Lalande. Cela malgré les nombreuses démarches des Pères Heston et Mitri. On attend donc depuis ce temps la publication des objections du promoteur de la foi sur les vertus du père Moreau... (Père Germain Lalande, Lettre Circulaire, Noël 1971). 

Le 20 janvier 1973, le centenaire de la mort du Père Moreau est célébré avec ferveur. Dans toutes les provinces, on veut que tous les religieux fêtent cet anniversaire de la manière la plus propre à approfondir notre attachement au père Fondateur et à vivifier son esprit en chacun de nous. Il me plait de voir en cet événement une faveur très opportune du Seigneur alors que nous travaillons avec ardeur au renouveau de notre vie religieuse tel que voulu par le Concile Vatican II et exigé par les besoins de notre temps. Le père Lalande consacre 28 pages de sa lettre à évoquer les dernières années de la vie du Père Moreau et à la survivance de sa mémoire dans la congrégation (Père Germain Lalande, Lettre Circulaire, Noël 1972).

Au Mans, le Père Lalande et les 3 Supérieures, Mère Madeleine Sophie Hébert, Mère Marie Olivette Whalen, Mère Marguerite Galipeau, de nombreux religieux et religieuses, sont présents. Le 19, trois conférences sont prononcées : L'orientation apostolique donnée à Sainte-Croix par Basile Moreau, en relation avec la vie communautaire, par le Frère Gérard Dionne, Vie de prière et vie commune, hier et aujourd'hui, par Soeur Bernadette Madiot, Structures de Sainte-Croix : son gouvernement et son statut canonique, par le Père Thomas Barrosse.

Le 20, la messe est présidée par Mgr Cousineau, archevêque de Cap-Haïtien, et concélébrée par 4 évêques, dont Mgr Alix, évêque du Mans, qui donne l'homélie, Mgr Chevalier, ancien évêque du Mans, et Mgr Heston, archevêque, président de la commission pontificale pour les communications sociales, et plus de 50 prêtres. L'après-midi le Père Angelo Mitri, postulateur, parle de l'avancement de la Cause du Père Moreau. Jusqu'à l'année 1961, dit-il, la cause du Père Moreau a marché très vite, exceptionnellement vite, incroyablement vite... Une cause en moyenne dure environ 40 ans. Or, celle du P. Moreau, commencée au Mans en 1947, était introduite à Rome huit ans après, en 1955, et le nouveau procès apostolique était terminé six ans plus tard, en 1961. Soit en tout 14 ans. A ce rythme, le P. Moreau aurait pu être béatifié en 20 ans, au lieu de 40. Mais, ensuite, divers obstacles ont entravé son déroulement : en premier, le Concile qui accaparait les énergies de la plupart des officiers des congrégations romaines, puis parmi les causes qui sont à peu près au même stade d'étude que celle du fondateur, il y en a qui passent avant, soit parce qu'elles sont moins compliquées, soit parce qu'elles viennent de pays où le pape doit aller, ou encore de pays pour lesquels il n'y a jamais eu encore de béatification.

Le père Grisé impute le retard aux promoteurs de la foi : De 1961 à 1970, il y aura trois avocats du diable successifs, et le 2ème n'a presque rien fait. Une autre raison du retard de la cause, c'est que le dernier promoteur de la foi a été scandalisé et fâché du fait que le témoignage d'un témoin aurait été introduit dans le procès à la dernière minute, comme témoin "oculaire" alors qu'il n'était même pas né à la mort du P. Moreau !… Le promoteur de la foi y a vu comme une espèce de fraude, rendant tout le procès des vertus inacceptable (Jacques Grisé,  La cause du père Moreau : une nouvelle perspective, 1984).

De 1974 à 1986, le Père Thomas Barrosse s'attache à faire connaître et vénérer le père Moreau. Déjà lorsqu'il était maître des novices à Bennington, il avait publié : MOREAU, Portrait d'un fondateur.  Par ses lettres circulaires il cherche à susciter un renouveau en profondeur de la vie religieuse ; deux d'entre elles sont particulièrement consacrées au fondateur : Basile Moreau et Sainte-Croix (février 1981), Fondateur et père, modèle, intercesseur et ami (août 1984). Il prépare aussi une nouvelle édition des Lettres circulaires du Père Moreau, que Joël Giallanza et Jacques Grisé publieront en 1998.

Le 17 mai 1974, la Sacrée Congrégation pour les Causes des Saints fait savoir que la cause du Père Moreau est confiée à l'office historique. Le Père Jacques Grisé est chargé de la préparation de la Positio. Il écrira : J'ai eu affaire à trois relateurs ou directeurs de travail de la S.C. pour les Causes des Saints… Le premier (P. da Pobladura, ofm cap.) m'avait indiqué les directives générales : il s'agissait d'écrire une biographie du P.Moreau, en insistant sur les vertus et en citant largement les documents, sans rien cacher des difficultés… On ne voulait pas se servir de la biographie de Catta… regardée comme une interprétation… Le 2ème (P. Amore, ofm) m'a simplement dit de continuer comme j'avais commencé… Pourtant, lorsque j'eus remis l'ensemble de mon travail, en 1980, il se mit à dire qu'il fallait développer davantage… qu'il n'y avait plus de limite de pages, même si j'en avais déjà plus de 4000(loc.cit.)

Dix ans plus tard, en 1984, le nouveau rapporteur, le Père Beaudoin, O.M.I, ne juge pas opportun d'utiliser le travail du Père Grisé qui ne comportait pas moins de 4256 pages ! Il choisit comme base la biographie des frères Catta.

En 1981, sur l'initiative de Soeur Raymonde Marsollier, a lieu à la Solitude la première Session Internationale "Histoire et Spiritualité"... En décembre 1983, se tient à St Mary's (Indiana) une réunion rassemblant pour la première fois les 4 Supérieurs généraux (P. Barrosse, Soeur Raymonde Marsollier, Soeur Jeanne Dusseault, Soeur Olivia Marie) ainsi que les membres de leur conseil respectif... En mars 1987 est formé un Comité de l'Héritage Sainte-Croix chargé de porter attention à la Solitude, à l'église, à la maison de la rue Jeanne d'Arc et au cimetière.

En 1994, la Congrégation pour les Causes des Saints publie la nouvelle Positio.

En novembre 2002, le Dr Andrea Ambrosi est nommé Postulateur pour la Cause du Père Basile Moreau, et pour celles du Frère André et du Père Patrick Peyton. L'étude sur les vertus du Père Moreau est approuvée par les théologiens consulteurs en janvier 2003 et par les 14 cardinaux et évêques en mars. Le Préfet de la Congrégation pour la Cause des saints, le cardinal Saraiva Martins présente son rapport au pape.

Le 12 avril 2003, lors d'un consistoire, le pape Jean-Paul II reconnaît l'héroïcité des vertus du Père Basile Moreau, et le déclare Vénérable.

Le 27 janvier 2005 une commission médicale étudie un cas de guérison attribuable à l'intercession de Basile Moreau. Le 15 avril, une commission théologique rend un jugement positif sur ce cas. Le 8 novembre, la Commission des 15 cardinaux et archevêques vote de façon positive en faveur de la Cause. Un comité présidé par le Père Mario Lachapelle est chargé d'étudier les projets élaborés en vue de la béatification. En font partie les Soeurs Marie-André Rousseau (des Marianites), Jeannette Fettig (des Soeurs de la Sainte-Croix) et Laure Therrien (des Soeurs de Sainte-Croix). Le Frère Edward Dailey est secrétaire de ce comité et assistant administratif pour les trois causes. Cinq autres comités sont mis en place.

Le 28 avril 2006 le Pape Benoît XVI autorise la promulgation du miracle attribué à l'intercession du Père Moreau. Ce décret met un terme au processus de béatification.

Le père Hugh Cleary, Supérieur général, promulgue une année d'action de grâce :

Depuis si longtemps attendue, la béatification imminente du Père Moreau nous invite à entreprendre une année de prière et de réflexion sur sa riche spiritualité, en particulier sur son espérance dans la croix... Ce moment historique est pour nous une occasion d'approfondir notre appréciation du patrimoine magnifique qui est le nôtre. Les quatre supérieurs de la Famille Sainte-Croix publient une déclaration commune : Le coeur rempli de fierté et de gratitude, nous voulons célébrer ensemble la proclamation par le Saint-Père Benoît XVI de la béatification de notre Fondateur, Basile Antoine Marie Moreau.

Mgr Jacques Faivre, évêque du Mans, annonce la Béatification à ses diocésains (Mgr Faivre, Eglise en Sarthe, Juillet-Août 2006).

Le 7 décembre, la Secrétairerie d'Etat du Vatican rend officiels les dates et les lieux proposés pour les cérémonies de béatification :
Vendredi 14 septembre 2007, Vigile de prière à l'église Notre-Dame de Sainte-Croix
Samedi 15 septembre, Rite de Béatification au Centre Antarès
Dimanche 16 septembre, Messe d'action de grâce en la Cathédrale Saint-Julien.

Samedi 15 septembre 2007 avait lieu au Mans la première béatification sur le sol français (sans la présence du pape). Celle de Basile Moreau originaire de Laigné en Belin. Pour l'occasion la salle Antares transformée en cathédrale accueillait plus de 5000 personnes en présence de nombreuses personnalités parmi lesquelles on pouvait noter : Mr le Cardinal José Saraiva Martins,Préfet de la Congrégation pour les causes des saints, Mr François Fillon, premier ministre et son épouse, Mr Michel Camux, Préfet de la Sarthe, Mr le Président du Conseil Général et de nombreux élus, Son Eminence Monsieur le Cardinal Théodore McCarrick, archevêque émérite de Washington, Mgr Maurizio Bravi représentant Mgr Fortunato Baldelli, Nonce Apostolique, Dom Dupont, Père Abbé de Solesmes, ainsi que les responsables des Congrégations de Sainte-Croix : le Père Hugues Cleary csc, Soeur Kesta Occident, Soeur Joy O'Grady, Soeur Mary Kay Kinberger, Soeur Suellen Tennyson...

Les célébrations de la béatification

Reportage TF1/FR3 de la cérémonie Béatification du P. Basile Moreau :

 

Homélie de la cérémonie

Par Mgr Jacques Faivre, Evêque du Mans

Frères et Soeurs, Il y a quelques minutes, avant que son Eminence le Cardinal SARAIVA MARTINS proclame la lettre apostolique de sa Sainteté le Pape Benoît XVI déclarant " Bienheureux " Basile-Antoine-Marie MOREAU, nous avons entendu une courte biographie du Serviteur de Dieu. Je ne reprendrai pas le déroulement de sa vie. Je n'en retiendrai que quelques, aspects qui peuvent inspirer notre propre comportement.

La spiritualité léguée par le Père MOREAU comporte une insistance très forte sur l'esprit d'union et de fraternité. Il désire que pères, frères et soeurs soient unis dans la vie et le travail " comme une imitation visible de la Sainte Famille ". Dès sa première lettre circulaire il écrit: " Pour travailler avec succès à l’oeuvre importante qui nous est confiée, il faut que la charité nous unisse tellement ensemble que nous ne fassions tous qu'un coeur et qu'une âme ". Et n’est-ce pas également ce que nous percevons à travers la lettre du 15 juin 1854 : " Les membres de l'Association ne doivent former qu'une seule et même famille, unie par les doux liens de la charité fraternelle et des trois voeux de religion ". Toutes ces paroles sont très belles. Les mettre en pratique d'une manière continue est tout autre chose; l'histoire l'a montré... Dès lors, on comprend que le Bienheureux Basile MOREAU ait aussi insisté sur l'importance de la croix dans le progrès spirituel, en en faisant lui-même l'expérience, et qu'il ait donné comme devise à sa famille religieuse ce verset: "O crux, ave, spes unica ! Salut, ô croix, notre unique espérance! ".

Par ailleurs, il a beaucoup insisté sur la vertu de zèle, qu'il a définie comme une ardeur et une disponibilité à entreprendre tout pour le service du prochain et de l'Eglise. Lui- même a répondu à toutes sortes de besoins de l'Eglise de son temps avec une audace et une détermination qui reflètent son tempérament d'homme d’action, sa grande foi et son propre zèle pour le salut des âmes.

Les Constitutions des pères et des frères, approuvées par Rome le 13 mai 1857, ouvrent deux champs d'apostolat: "la prédication de la Parole de Dieu surtout dans les campagnes et les missions étrangères, l'éducation chrétienne dans les écoles ainsi que la formation agricole et technique au profit surtout des enfants pauvres et abandonnés". Priorité donnée à l'évangélisation des pauvres: c’est encore une option préférentielle soulignée par le chapitre général des Soeurs de la Sainte Croix en 1984.

Aujourd'hui, vous êtes nombreux, hommes et femmes de la Famille Sainte Croix, à travailler dans divers champs d'apostolat à travers le monde, au Canada, aux Etats-Unis, en France, en Italie et dans une quinzaine de pays du Tiers-Monde, aidant les Eglise: locales d'Asie, d'Afrique, d'Amérique latine, à se développer, et cela sur les cinq continents !

Animés par l'Esprit, vous exercez votre ministère aussi bien dans l'éducation, la pastorale scolaire, paroissiale, diocésaine, que dans les centres sociaux, les aumôneries d'hôpitaux et autres besoins à satisfaire dans l'Eglise comme dans le Monde. Les deux ne sont-ils pas d'ailleurs étroitement liés ? Ici même, dans notre diocèse du Mans, nous bénéficions de votre dévouement au sein de plusieurs communautés. Et je profite de la circonstance pour adresser au supérieur et supérieures une parole célèbre du Cardinal Marty: "J'embauche! ".

Frères et Soeurs, dans la vie et la spiritualité du Bienheureux Basile MOREAU, ainsi que dans l'action pastorale des membres de la Famille Sainte-Croix, nous pouvons toutes et tous trouver une inspiration pour notre propre manière de vivre en disciples du Christ. Cela, à travers l'abandon à la Providence dans toutes les entreprises pour le Seigneur, l'audace de s'engager dans des réalisations nouvelles pour le salut des âmes, et la bonne entente entre tous. Basile MOREAU aime à redire que " l'union fait la force et la désunion mène à la ruine".

Vous comprenez combien notre Eucharistie d'aujourd'hui, en la fête de Notre-Dame des Douleurs, fête patronale de la Congrégation de Sainte-Croix, est véritablement " action de grâce " que nous adressons au Seigneur pour tout ce qu'ont réalisé le Bienheureux Basile MOREAU et à sa suite les membres de la Famille Sainte-Croix. Puisse-t-elle, cette Famille, comme le souhaitait le Père MOREAU, " ressembler dans ses développements à un arbre dont la tige produit en s'élevant des branches nombreuses, d'où sortent des rameaux qui en produisent d'autres, nourris tous de la même sève et animés de la même vie! ". Amen !

 

Discours lors du Diner

Discours de Mgr Jacques Faivre, Evêque du Mans

Monsieur le Préfet,
Son Eminence Monsieur le Cardinal José Saraiva Martins,
Son Eminence Monsieur le Cardinal Théodore McCarrick,
Monsieur le Président du Conseil Général,
Excellences,
Frères et Soeurs en Christ,

C'est avec beaucoup de joie, à l'issue de la célébration de la Béatification du Père Basile Moreau, que je prends maintenant la parole. Je le fais avec d'autant plus de joie, qu'il est toujours agréable d'adresser des remerciements.Tout d'abord, j'exprime, publiquement, toute ma profonde gratitude pour la venue, à la Cérémonie de Béatification, de Monsieur le Premier Ministre. Il devait, initialement, participer à ce dîner, mais ses obligations l'ont amené à repartir dès ce soir. Sa présence nous a honorés et c'est peu de dire, que j'ai été, dans ma responsabilité, et à titre personnel, particulièrement sensible à sa présence, et à celle de son épouse. Chacun d'entre nous, aujourd'hui, a pu mesurer et apprécier la qualité de la délégation gouvernementale. Cela souligne l'excellence des rapports entre les plus hautes autorités de l'Etat et l'Eglise Catholique.

A cet instant, je tiens à dire combien, localement, la collaboration avec les services de la Préfecture fut harmonieuse et précieuse, en tous points, pour le bon déroulement de nos festivités. Que Mr Michel Camux, préfet de la Sarthe, et ses proches collaborateurs, en soient vivement remerciés.

Mes remerciements vont, également, à Mr le Président du Conseil Général et à Mr le Maire du Mans qui ont fait en sorte que de nombreux aspects logistiques soient facilités par les collectivités locales.

Maintenant, bien entendu, c'est à vous, Mr le Cardinal José Saraiva Martins, que je m'adresse avec beaucoup de reconnaissance. Préfet de la Congrégation pour les causes des saints, vous êtes, parmi nous, Eminence, pour la Béatification du Père Basile Moreau, le représentant personnel de sa Sainteté le Pape Benoît XVI. Je suis très heureux de vous accueillir au Mans pour cette journée exceptionnelle. Votre présence nous honore et souligne notre lien et notre attachement avec le successeur de Pierre. Veuillez assurer sa Sainteté de notre communion et de notre prière.

Merci à Mgr Maurizio Bravi qui représente Mgr Fortunato Baldelli, Nonce Apostolique, empêché d'être au Mans ce jour.

Merci, également, à Mr le Cardinal Théodore Mc Carrick, Archevêque émérite de Washington, d'être venu au Mans pour ces journées festives. Vos liens avec la Famille Sainte Croix sont importants, et je me réjouis, Eminence, de vous céder demain, mais, pour un jour, ma cathèdre, à l'occasion de la Messe d’action de grâce qui sera célébrée en la Cathédrale Saint Julien.

Merci à mes frères dans l'épiscopat d'être parmi nous. Leur présence nombreuse me touche particulièrement.

Merci à Dom Dupont, Père Abbé de Solesmes, pour sa fidélité aux temps forts du diocèse.

Je tiens à saluer, chaleureusement, le Docteur Andréa Ambrosi, postulateur de la cause. De même, pour moi, c'est un bonheur d'accueillir tant de représentants de la Famille Sainte Croix. Je tiens à saluer, tout particulièrement, les responsables des congrégations: le Frère Hugues Cleary, Soeur Kesta Occident, Soeur Joy O'Grady, Soeur Mary Kay Kinberger, Soeur Suellen Tennyson.

Nous accueillons, aussi, ce soir, avec joie et émotion, des membres de la famille du Père Basile Moreau.

Vous voudrez bien me pardonner, mais il m'est impossible de nommer tous ceux et celles qui ont oeuvré pour la réussite de ces journées festives. Que chacun de ceux, d'entre vous, qui ont travaillé, je le sais, avec tant de coeur et de compétence, trouvent, ici, l'expression de ma reconnaissance et de celle de tout le diocèse. Je ne puis, cependant, ne pas dire un merci, tout particulier, au Père Mario Lachapelle, président du Comité international des fêtes de béatification, et vice postulateur de la cause, assisté de Soeur Mary-Louise Gude.

Et, enfin, remercions Dieu lui-même, d'avoir donné à son Eglise le Bienheureux Basile Moreau. " Je suis avec vous tous les jours jusqu'à la fin des temps " (Mt 28,20), disait le Christ à ses disciples. Son Esprit de service et de charité nous accompagne. Il ne cesse de susciter de nouveaux charismes. A nous, dans notre humble quotidien, de savoir accueillir le don du Seigneur, et ainsi, en vérité, nous serons, pour reprendre l'intitulé de notre démarche diocésaine vers Pentecôte 2008, " au service de ce monde aimé de Dieu".

Merci de votre attention

Plus d'infos

http://dioceselemans.com/index.php?option=com_content&task=view&id=517&Itemid=0