Spiritualité Moreau

 

Le Père Basile Moreau n'est pas un maître spirituel au sens où il aurait donné à l'Eglise – ou à sa famille religieuse - une forme particulière de spiritualité. S'inspirant des évangiles et de saint Paul, il définissait simplement la vie chrétienne comme "la vie de Dieu en nous par Jésus-Christ", et la vie religieuse comme "cette même vie, mais plus abondante". Cependant, sa vie spirituelle était marquée par les conditions de vie de son temps, de son milieu, de son éducation, etc... et elle avait des accents qui lui étaient personnels. En ce sens, on peut parler de " spiritualité Moreau ".

Basile Moreau parlait, écrivait, priait en homme du 19ème siècle, la théologie de ce temps insistait sur les grandes vérités, sur les fins dernières, la piété multipliait les dévotions... Mais si l'on dépasse les expressions quelque peu démodées, on découvre dans ses écrits un enseignement spirituel solide, parfois même novateur.

Les sources

A quelles sources Basile Moreau a-t-il puisé l'eau de sa vie spirituelle ? En premier lieu, dans sa famille. Il apprit de ses parents le sens du devoir et du travail, l'amour de la pauvreté, la nécessité de vivre sa foi avec courage, et aussi la joie de vivre dans une famille unie. Son enfance et sa jeunesse ont aussi été marquées par les exemples de fidélité, de courage, d'héroïsme même, donnés par les prêtres qui furent ses formateurs au petit séminaire de Chateau-Gontier et au grand séminaire du Mans. On peut noter aussi son attirance pour la vie monastique : il aimait séjourner dans les Trappes de la région, y goûter le silence et la prière, et ses habitudes d'austérité s'en trouvaient renforcées.


La Solitude d'Issy, chez les Sulpiciens où Basile Moreau a passé un an.

Mais les deux sources principales de sa spiritualité sont l'Ecole Française et la tradition ignatienne.  En 1821, Basile Moreau est ordonné prêtre. L'évêque du Mans l'envoie compléter sa formation chez les Sulpiciens. Il passe une année à leur séminaire de Paris et une autre à la Solitude d'Issy-les-Moulineaux. Il s'y imprègne de la spiritualité de l'Ecole Française. Ce n'est pas vraiment une école, c'est plutôt un courant spirituel né au 17ème siècle, dont le père, l'initiateur, est le cardinal de Bérulle, et le grand-père, saint François de Sales. Cette spiritualité fondée sur la vertu de religion (l'adoration doit être l'attitude première du chrétien), est centrée sur la participation aux mystères du Christ, Verbe Incarné. Il ne s'agit pas d'imiter les événements de la vie du Christ, datés dans l'histoire, situés dans un lieu, mais de communier à ses sentiments, à ses dispositions intérieures qui sont toujours présentes. Y communier profondément au point de pouvoir dire avec saint Paul : " Je vis, mais ce n'est plus moi qui vis, c'est le Christ qui vit en moi. "

Cette spiritualité a inspiré saint Vincent de Paul, saint Jean Eudes, Jean-Jacques Olier (le fondateur des Sulpiciens), saint Jean-Baptiste de la Salle, saint Louis-Marie Grignon de Montfort, d'autres encore. C'est une école de vie intérieure, mais ces spirituels du 17ème siècle sont à l'origine d'œuvres  très importantes : missions, séminaires, collèges, œuvres  charitables.

En 1836, le Père Moreau quitta l'enseignement au Séminaire pour se consacrer à l'action apostolique. Il s'orienta alors vers la spiritualité de saint Igace de Loyola, le fondateur des Jésuites. Une spiritualité active, en ce sens qu'elle demande la collaboration du baptisé à l'action de l'Esprit-Saint, Maître de la vie intérieure. L'accent est mis sur la volonté, sur l'esprit d'initiative, sur le combat spirituel.  On connaît les formules ignatiennes : " Chercher Dieu en toutes choses... Agir pour une plus grande gloire de Dieu " ou encore  " Aie foi en Dieu comme si tout le succès dépendait de toi, en rien de Dieu. Cependant, mets la main à l'ouvrage comme si rien ne devait advenir par toi, tout par Dieu seul. " La spiritualité ignatienne ne conduit ni à la pratique d'une vertu, comme la pauvreté ou l'obéissance, ni à une forme particulière d'apostolat : elle vise à préparer des ouvriers disponibles pour la mission universelle de l'Eglise.

Si par sa formation, le Père Moreau était de l'Ecole Française, il était plutôt ignatien par tempérament. Il a fait la synthèse des deux spiritualités, à l'imitation de saint Vincent de Paul qui était disciple de l'Oratoire et donc bérullien, mais qui n'en était pas moins ignatien , en ce sens que sa piété pratique était ordonnée à l'action :" Aimons Dieu, mes frères,  disait-il, aimons Dieu, mais que ce soit aux dépens de nos bras, que ce soit à la sueur de nos visages. " Le Père Moreau citait souvent cette parole de saint Vincent de   Paul :  " Que ferait Jésus Christ à ma place ? " 

Les 5 points forts de la spiritualité du Père Moreau

Au coeur de la vie spirituelle et de l'enseignement du Père Moreau se trouve cette profonde conviction : tout chrétien est appelé non seulement à conformer sa vie à l'Evangile, mais à "adopter les sentiments qui sont dans le Christ Jésus", à participer, à communier aux mystères  de la vie du Christ, jusqu'à s'identifier à lui. On ne peut lire la vie du Père Moreau, ni parcourir ses écrits sans y rencontrer le Christ de l'Evangile, sans y entendre les cris jaillis du coeur de l'apôtre Paul : " Ma vie, c'est le Christ ... Ce n'est plus moi qui vis, c'est le Christ qui vit en moi ".

Afin d'obtenir la grâce d'être transformés dans le Christ, il demandait aux membres de sa famille religieuse de dire chaque jour la prière sulpicienne : " O Jésus vivant en Marie, venez et vivez en vos serviteurs, par votre esprit de sainteté, la plénitude de votre puissance, la perfection de vos voies, la vérité de vos vertus et la communion de vos mystères. Triomphez de toutes les puissances ennemies, par votre Esprit et pour la gloire votre Père. Amen. " 

S'identifier au Christ, c'est vivre de sa foi et de son amour pour le Père. Pour le Père Moreau, la confiance en la Providence découlait tout naturellement de la foi. Il voyait la main de la Providence de Dieu en tout. Au-delà de la confiance en la Providence, il a pratiqué l'abandon à la Providence, une spiritualité inspirée de saint François de Sales et de saint Ignace, qui fait reconnaître la volonté de Dieu en tout événement. Il recommandait une grande dévotion à saint Joseph, l'homme de la Providence.

Tous les hommes sont appelés à participer aux mystères du Christ : cette conviction est à la base du zèle, du dynamisme apostolique du Père Moreau, de son enthousiasme pour la mission sous toutes ses formes. Il voulait répondre à tous les appels entendus, il était prêt à tout entreprendre pour restaurer la foi chrétienne et par là-même régénérer la société. Mieux que rétablir, reconstruire, restaurer, il voulait renouveler, créer, faire du neuf.

La mission exige l'union des cœurs . Aux membres de sa famille religieuse, le Père Moreau recommandait par-dessus tout l'esprit d'union et de collaboration. Il leur donnait comme modèle l'unité de la Sainte Famille, et la source de l'unité était à chercher dans l'amour du Cœur  de Jésus .

Suivre le Christ, prendre part à sa mission, l'imiter dans son amour et dans son pardon, tout cela ne peut se réaliser qu'en participant au mystère de la Croix. L'espérance dans la croix, la confiance inébranlable dans la puissance de l'amour, soutenait le Père Moreau dans toutes les épreuves, les oppositions, les persécutions qu'il eut à subir. A sa famille religieuse, il a laissé cette devise : O Crux ave spes unica, et donné comme patronne principale Marie, Mère des Douleurs, Notre-Dame au pied de la Croix.

Par le Père Jean Proust csc